Tidjane Cheick Thiam, le 23 décembre 2023, il est élu Président du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire section Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA).


Depuis l’élection de Tidjane Cheick Thiam, le 23 décembre 2023, à la présidence du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire section Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA), une vague d’arguments xénophobes a émergé, remettant en question son identité ivoirienne. Certains détracteurs, se basant sur son patronyme “THIAM” et ses supposées origines sénégalaises, ont ouvertement affirmé qu’il ne serait pas légitime en tant qu’Ivoirien. Une telle position est non seulement erronée mais également dangereuse pour la cohésion sociale et politique du pays.
Un Rappel des Heures Sombres de Septembre 2002.Un Rappel des Heures Sombres de Septembre 2002

Il semble que les détracteurs aient oublié la rébellion de septembre 2002 conduite par Soro Guillaume Kigbafori, qui a plongé la Côte d’Ivoire dans une période de violence et de division. Cette crise, marquée par des milliers de morts et de déplacés, a laissé des cicatrices profondes dans la nation. La xénophobie, alimentée par des discours de haine et d’exclusion, fut l’un des moteurs de ce conflit. Il est inquiétant de constater que des arguments similaires refont surface, menaçant à nouveau la stabilité et l’unité du pays. Par ailleurs, nous ignorons exactement dans quel pays se trouve l’ex-Premier ministre Guillaume Soro, condamné à perpétuité pour « atteinte à la sûreté de l’État ».Les Dangers de la Xénophobie en Politique

La xénophobie n’a jamais été une bonne expression en politique. Elle divise, elle exclut des populations et elle fragilise la nation. Remettre en question la légitimité d’un citoyen basé sur ses origines ethniques ou son nom de famille, c’est méconnaître les principes fondamentaux de la démocratie et de l’unité nationale. Tidjane Cheick Thiam, en tant que président du PDCI-RDA, représente non seulement un choix politique mais aussi un symbole de diversité et d’inclusion.

Citoyenneté, Nationalité et Contribution à la Nation

La citoyenneté et la nationalité ne se définissent pas uniquement par le patronyme ou les origines ethniques. En Côte d’Ivoire, comme dans de nombreux autres pays, la nationalité est légalement déterminée par des critères tels que le lieu de naissance, la filiation ou la naturalisation. Tidjane Cheick Thiam est né en Côte d’Ivoire et a une longue histoire familiale et personnelle dans le pays. Il est donc juridiquement et culturellement Ivoirien. Pour mieux illustrer mes propos, je vous propose l’exemple du Premier ministre du gouvernement britannique, Rishi Sunak, non-blanc et issu de la communauté hindoue. Fils d’immigrés d’origine indienne arrivés en Grande-Bretagne dans les années 1960.

La légitimité d’une personne dans un rôle public ou politique devrait être évaluée sur la base de ses compétences, de son engagement et de ses contributions au bien-être de la nation. Tidjane Cheick Thiam a une carrière internationale distinguée et a apporté une expertise précieuse dans divers domaines économiques et financiers. Ses compétences et son dévouement à la cause ivoirienne sont des éléments essentiels qui devraient primer sur des considérations ethniques ou patronymiques. J’aimerais rappeler que de 1994 à 1999, Thiam a été Directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), et ministre du Plan et du Développement de Côte d’Ivoire.

Histoire et Diversité de la Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire est un pays historiquement marqué par une grande diversité ethnique et culturelle. Des personnes de diverses origines, y compris des migrants venant des pays de l’Afrique-Occidentale Française (AOF), 1895-1959, comme le Sénégal, la Haute-Volta (devenue Burkina-Faso) et le Dahomey (devenu Bénin), pour ne citer que ces trois pays, ont contribué à la formation de la nation ivoirienne. La diversité des patronymes en Côte d’Ivoire est un reflet de cette richesse culturelle. Limiter aujourd’hui la nationalité ivoirienne à certains patronymes spécifiques est une approche réductrice et discriminatoire, malhonnête qui frise une amnésie traumatique.

Droits de l’Homme et Égalité 

La xénophobie et les discriminations fondées sur l’origine ethnique ou le patronyme sont contraires aux principes fondamentaux des droits de l’homme. Les droits à l’égalité et à la non-discrimination sont inscrits dans la Constitution ivoirienne ainsi que dans les conventions internationales auxquelles la Côte d’Ivoire est partie. Promouvoir des arguments xénophobes va à l’encontre de ces principes et nuit à l’unité et à la cohésion sociale du pays.

Impact Socio-Politique

Les discours xénophobes et exclusifs sont dangereux car ils divisent la société et créent des tensions inutiles. En période électorale ou de transition politique, il est crucial de promouvoir des messages d’unité, de tolérance et d’inclusion. Les leaders politiques et les citoyens doivent dénoncer les discours xénophobes et travailler ensemble pour construire une nation solidaire et inclusive.

Un Appel à la Cohésion et à l’Unité

La Côte d’Ivoire est une nation riche de sa diversité ethnique et culturelle. C’est cette diversité qui fait sa force et sa beauté (« …pays d’hospitalité… », Hymne national du pays). Les leaders politiques, les médias et la société civile doivent travailler ensemble pour promouvoir un discours de tolérance et de respect mutuel. La cohésion sociale est essentielle pour le développement et la stabilité du pays. En refusant la xénophobie et en célébrant la diversité, la Côte d’Ivoire peut construire un avenir de paix et de prospérité.

Il est crucial que les voix responsables s’élèvent pour condamner les discours xénophobes et promouvoir une politique inclusive. Les leaders politiques doivent montrer l’exemple en adoptant un discours unificateur et en valorisant les contributions de tous les citoyens, quelle que soit leur origine. Les médias, quant à eux, ont un rôle important à jouer en diffusant des messages de paix et en éduquant le public sur les dangers de la xénophobie.

Conclusion

En conclusion, l’argument xénophobe selon lequel Tidjane Cheick Thiam ne serait pas Ivoirien en raison de son patronyme “THIAM” est infondé et dangereux. La citoyenneté ne se limite pas à un nom ou à une origine ethnique, mais englobe l’engagement, les contributions et le respect des valeurs communes. En tant que société, il est essentiel de rejeter de tels discours et de promouvoir l’unité et la diversité qui sont les piliers de la nation ivoirienne.

La Côte d’Ivoire ne doit pas retomber dans les travers du passé. La montée en puissance de Tidjane Cheick Thiam au sein du PDCI-RDA est une opportunité de renforcer la démocratie et de promouvoir l’unité nationale. En rejetant la xénophobie et en embrassant la diversité, la nation ivoirienne peut éviter de nouvelles crises et bâtir un futur harmonieux. Il est temps de se rappeler des leçons du passé et de travailler ensemble pour une Côte d’Ivoire unie et prospère.

Simplice ONGUI
Directeur de Publication
Afriqu’Essor Magazine
osimgil@yahoo.co.uk